Il y a bien deux mois, lors d'une fête de la pomme dans une commune proche de chez nous, notre attention a été attirée par un petit producteur qui avait un stand un peu atypique. Ce pépé proposait des fruits et légumes qui sortaient un peu de l'ordinaire : des pommes d'espèces diverses et variées (des tordues, des cabossées, des un peu ratatinées),  des châtaignes, des légumes anciens, des courges et potirons... un petit paradis pour moi en somme, et puis dans un petit coin des nèfles !
Si je pense que tout le monde connaît l'expression "valoir des nèfles" c'est-à-dire par grand-chose, je ne sais pas si beaucoup d'entre vous en ont déjà rencontrées.
Pour ma part, cela faisait des années que je n'avais pas vu ces petits fruits marrons tout ronds et terminés par une "mouche", vestige de la fleur.
J'ai tout de suite eu envie d'en acheter, car si j'en avais déjà vus quelque fois dans la nature pendant mes promenades, je n'en avais jamais goûtés ! Et pour ceux qui commencent à me connaître, ils savent maintenant que je suis assez curieuse, surtout quand il s'agit de cuisiner les produits glanés pendant mes balades.
Ici, point de cueillette sauvage pour moi mais au vu de la taille mini-mini de ses nèfles, nul doute que ce petit pépé les avait ramassées dans la nature (les fruits cultivés dans les jardins étant au moins 2 ou 3 fois plus gros selon les dires de mon père).

 

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L'une des particularités de la nèfle est (comme ses copines la prunelle ou la baie de cynorhodon) que sa chair n'est consommable qu'après avoir subi l'épreuve du gel.
En effet, à l'automne, les fruits sont durs, âpres et acides. Vous avez certainement déjà tous goûté à une prunelle encore bien dure... on a l'impression que l'intérieur de la bouche se recouvre d'une pellicule tellement âpre qu'elle donne des frissons partout. C'est un jeu auquel j'ai beaucoup joué gamine avec mes soeurs et mes cousins : "le défi de croquer dans une prunelle sans recracher". Et bien , pour la nèfle, c'est un peu pareil ! Il faut que le gel soit passé par là pour que la chair s'attendrisse sous l'effet d'une légère fermentation (ça, c'est mon nez qui me le dit !) et devienne douce et sucrée.

Mes nèfles ont donc sagement attendu deux mois et demi sur le rebord de ma fenêtre, à l'abri de la pluie pour s'attendrir et passer à la casserole. Car contrairement à mon père qui aime croquer dans les "mrèles" (patois de chez nous pour désigner les nèfles), moi je trouvais que cette légère odeur de vinasse n'était point à mon goût.
Ma "bible" de la cuisine sauvage : l'appel gourmand de la forêt de la merveilleuse Lilo proposait différentes recettes dont une compote "évoquant des arômes de pomme, cidre et châtaigne". Il n'en fallait pas moins pour me décider : ce serait cuites et préparées comme une crème de marrons que mes nèfles allaient être magnifiées.

 

PS : Idée de cadeau de Noël de dernière minute pour les amoureux de la nature et de la cuisine sauvage, ce livre est pour moi tout simplement FANTASTIQUE ! Et si vous l'avez déjà, pensez à l'offrir, il fera à coup sûr des heureux !
Ou autre idée, offrir ou s'offrir un petit néflier à planter dans une haie ou au fond de son jardin : nourriture pour nos amis les animaux, accessoirement aussi pour nous. Cet arbre est de plus en plus difficile à trouver dans la nature alors pourquoi ne pas l'acceuillir chez soi pour une haie toute en biodiversité.

 

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Pour 2 petits pots :
1 kg de nèfles
1 l d'eau
250 g de sucre
1 gousse de vanille

 

Trier les nèfles en jetant les fruits noirs car s'ils ont pris cette couleur, c'est qu'ils sont pourris à l'intérieur. Il m'en restait alors 750 g.
Les laver délicatement et les mettre dans une casserole avec 1 l d'eau et la gousse de vanille grattée. Couvrir et faire cuire environ 20 minutes jusqu'à ce que les fruits soient cuits et éclatent.

Transférer les fruits par petites quantités dans un presse-purée et s'armer de courage pour récupérer un maximum de chair (les fruits possèdent 5 gros noyaux qui ont tendance à bloquer le mécanisme de l'ustensile). Ajouter l'eau de cuisson pour plus de facilité.

On récupère environ 700 g de chair (pulpe + eau de cuisson). Ajouter alors le sucre et remettre dans la casserole pour faire cuire à feu doux en remuant très régulièrement. Attention car la crème fait de grosses bulles brûlantes et à tendance à accrocher au fond de la casserole.
Cuire 10 à 15 minutes et mettre en pot stérilisé.

 

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La crème rappelle donc un peu celle de marrons et a été très à mon goût. Je pense qu'elle est délicieuse dans un yaourt, un gâteau roulé (tiens tiens, pourquoi pas pour ma bûche de Noël ???) ou plus simplement sur une tartine.
Car avec cette petite recette je participe au concours organisé par Sandy  du blog "Cuisine et Cigares" et par Diane "La médecine passe par la cuisine", concours bien nommé puisque le thème en est : Tartines de rêve pour Noël !!

Logo Tartines de rêve 3

Le défi était d'associer un fruit de saison (en l'occurence les nèfles ici bien que ce fruit ne soit pas dans la liste proposée...) avec un épice, une herbe, un arôme. J'ai choisi la vanille, classique mais je ne voulais pas non plus quelque chose de trop puissant qui cache le goût du fruit.

Après, pour la jolie photo, je ne suis pas vraiment enthousiaste mais en ce moment j'ai beaucoup de mal à tenir sur mes deux jambes pendant un long moment et les prises de vue sont très réduites dans le temps. Elles jugeront ! Tartine oui, de rêve... oups !

Le dernier critère était de faire rêver, raconter l'histoire de la recette, évoquer un souvenir... bref personnaliser un peu sa création.